Le rallye c’est fini mais tous les bateaux filent le Nord; quelques uns décidons de continuer ensemble et de nous arrêter à la French Guyane, le dernier territoire européen en Amérique du Sud.
Il n’y a pas trop duré le bon temps, juste un moment pour nous souvenir la couleur du ciel, le panorama se tourne sinistre sous le menace du énième orage qui s’approche rapidement vers nous; on baisse les voiles en ne laissant qu’un petit but de Génois comme un mouchoir que montre notre soumission… pas de pitié, il ne nous sert à rien de supplier, il arrive: 12 milles, 7, 3, 1. Il nous embrasse et crase sur nous sa baiser humide.

On a eu besoin de quatre jours et 4.000 réglages des voiles pour couvrir cette distance.



Cayenne
Déjà au mouillage on a un programme très serré. Comme on est à terre, c’est la moussaillone qui commande et la première chose qu’il nous faut est trouver une laverie qui puisse arracher la moisissure de tous nos vêtement; les serviettes on ne peut pas les sauver, elles vont finir ses jours comme torchons à la salle à machine du bateau.
Le rêve de cette dernière traversée sera notre suivante travail, on va faire un beau plain de supermarché à l’europeenne depuis 6 mois sans avoir vu de produits connus.
On a même trouvé des oranges espagnoles, de Valencia, les meilleures oranges du monde. Yuppiii.
Pour tout faire on avait loué une petite camionnette 8 places qu’on a partagé avec l’équipage de 3 bateaux de copains, et on a décidé de la garder pour aller le soir dans un restaurant. Le dîner a été un régal, même s’il a été un peu ruiné de retour à bord: On venait de se garer quand le ciel a ouvert à nouveau leurs portes pour laisser tomber sur nous tout l’eau du monde. –Qu’est ce qu’on fait? On a tous nos franges à la laverie. Demain on a besoin que ceux –ci qu’on porte soient disponibles-, a dit quelqu’un. On n’avait pas de choix, tant pis, streptease pour rentrer aux bateaux dans les annexes.
Le lendemain la camionnette semblait un petit oulet mais tout était sec.



Kourou
Le Centre Spatial Guyanais est un endroit unique et ça vaut le coup d’aller le visiter, ça n’a rien a voir avec aucune autre visite que nous avons fait pour l’instant. Il a été construit pour le Centre National d’Études Spatiales, et c’est surtout l’Agence Spatial Europeenne qui s’en sert. Il se trouve très près du village qui lui donne son nom, Kourou, à 500km de l’Equateur, le meilleur emplacement pour un cosmodrome.
La position exacte est latitude 5º3’Nord, le point où le mouvement de rotation de la Terre c’est le plus rapide, donnant au fusée la majeur inertie possible, ça qui permet d’économiser pas mal de carburant pour le mettre en orbite.



Les installations à terre du Centre Spatiale comptent des plate-formes de travail et de lancement de satellites, 3 centres pour le décollage, et une usine de carburant solide.
Îles du Salut
On a eu assez de foret pendant les dernières semaines, alors on a décide de lever l’ancre pour la faire retomber 11 km et quelques heures plus tard. On s’a battu contre le courant pour arriver au petit archipel des îles du Salut, trois petites îlots d’origine volcanique, l’Île du Diable, l’ Île Royale et l’ Île Saint-Joseph.



Leur histoire est aussi noire que terrible, car la pire des prisions françaises était venue s’installer ici, à l’autre bout de l’océan; peut être pour cacher l’horreur et la pénalité des hommes condamnés. Pendant un siècle (1851-1953) elle «accueillît» au tour de 80.000 prisonniers, la majorité d’entre eux ne sont jamais ressortis.
C’est un parage sordide et magique à la fois, dans le sommet de l’île du Diable on retrouve les bâtiments principaux qui faisaient partie du pénal et les résidences du personnel, un grand bloc en pierre partagé en petites cellules humides et froides, dans un coin oublié et perdu où il pleut sans arrêt neuf mois par an.



Le flanc est peuplé de cimetières, dernier repos des fonctionnaires et des membres de leurs familles victimes des maladies typiques des tropiques malsains et humides, la malaria, la dengue, la fièvre jaune, etc.
La mortalité arrivait au 64% entre les prisonniers, ça ne m’étonne pas en voyant leurs «installations» à eux; heureusement ils n’avaient pas le droit à compter sur une place au cimetière, et je dis heureusement parce qu’il n’y aurait pas eu assez de terrain. Pas de chance, ils étaient jettes depuis la falaise pour servir de repas aux gentils requins du quartier.






La variété de la faune qu’on y trouve c’est surprenant, des singes, des capibaras, des perroquets, des iguanes, nous montre que même ici il y a de la vie; leurs couleurs vifs et gais choquent avec des chemins toujours à l’ombre et couverts par un manteau de mousse et moisi que montre la tristesse des sentiers qui vont finir encore dans un cimetière. De tombes sans fin, oubliés à l’abandon comme tout dans cet île, l’île du Diable, un endroit que crie l’inutile de sa vaine existence.
On continue notre route à la recherche des eaux turquoise de la mer du Caraïbe.


